Le Goncourt 2006 a été attribué au livre de Jonathan Littell, « Les Bienveillantes ». C'est un roman sur les ressorts banals et tragiques du Mal. Dès les premières phrases, on sent que c'est l'espérance en l'avenir de l'homme qui est fondamentalement en jeu dans la tragédie des destinées :
« Longtemps on rampe sur cette terre comme une
chenille, dans l'attente du papillon splendide et diaphane que l'on porte en
soi. Et puis le temps passe, la nymphose ne vient pas, on reste larve, constat
affligeant, qu'en faire ? »
La réponse du héros de Littell s'écrase contre le mur du nihilisme et du mal
absolus. Mais le christianisme a de quoi briser le mur et s'ouvrir sur un
horizon lumineux. Reprenons la phrase et lisons-la à la lumière de l'Avent
chrétien qui commence en ce dimanche :
« Longtemps on rampe sur cette terre
comme une chenille »
Notre terre est minuscule et les moisissures qui s'y agitent n'ont
guère d'allure, mais un Regard bienveillant caresse depuis très longtemps les
chenilles, et les réchauffe en profondeur dans la discrétion et la délicatesse.
Ma foi me le dit.
«… dans l'attente du papillon splendide
et diaphane que l'on porte en soi. »
Les aspirations profondes que l'homme porte en soi sont traces d'un destin
qui le dépasse fondamentalement. La chenille ne pourra jamais comprendre
totalement le papillon qu'elle porte déjà en elle. Ma foi me le dit.
« Et puis le temps passe, la nymphose
ne vient pas, on reste larve »
La transformation de la chenille en papillon dépasse le domaine du temps
humain. Larve je reste, avec mes faiblesses, mes fragilités, mes incompétences
et mes péchés, mais au cœur de la larve s'élabore un mystère qui dépasse le
temps et va s'épanouir dans l'éternité bienveillante. Mon espérance me le dit.
« Constat affligeant, qu'en
faire ? »
Constat plein d'espérance au contraire. Que faire ? Regarder chaque larve
comme un papillon en devenir. C'est le degré minimal de la charité.
Sur les destins des hommes écrasés par le mal, se lève une Lumière. Bon Avent, illuminé par la bienveillance de Dieu !