La phonothèque de musique classique de la Fondation "Musique & Humanisme" (donation Yves Saillard) reflète l'initiation et l'évolution esthétique de son auteur, avec ses découvertes et ses prédilections et, a contrario, ses lacunes et ses imperfections. Sa composition globale en disques vinyles, disques compacts, disques vidéo-lasers et autres enregistrements ou archives musicales, caractère public ou privé, a été influencée par les péripéties de l'itinéraire humaniste et de la carrière professionnelle internationale de son légataire, depuis ses années d'apprentissage artistique jusqu'à sa retraite de la vie active en fin du siècle.
Dès les années trente, la culture musicale d'Yves Saillard s'est trouvée naturellement intégrée dans son enseignement classique, suivant la tradition jésuite d'une approche globale d'insertion des connaissances et de formation de l'intellect dans le cadre d'un humanisme universel, considéré comme base fondamentale d'initiation aux destinées de la vie adulte et aux aléas de la vie professionnelle, d'après le principe : «Mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine».
Ainsi sont apparus au jeune néophyte, par un jeu de correspondance, Jean-Sébastien Bach dans le rayonnement du message évangélique, Beethoven dans sa profonde introspection de l'Être Humain, Mozart au cœur du Siècle des Lumières et du monde des philosophes, Berlioz en tête de la révolution du Romantisme, Wagner rénovateur du langage musical en droite ligne des épopées médiévales, Debussy au centre du rayonnement de la poésie et de l'impressionnisme.
Ultérieurement, l'implication d'Yves Saillard dans la logistique du Mouvement des Jeunesses Musicales a développé, simultanément à l'avènement du microsillon, sa réflexion personnelle sur l'art de l'interprétation musicale, de concert en concert, - avec, comme guides éclairés et charismatique : Norbert Dufourcq et André Marchal pour l'orgue - Les Quatuors Parrenin et Pascal, ainsi que le Trio Pasquier pour l'harmonie expressive des cordes, - Christian Ferras et Arthur Grumiaux, Pierre Fournier et Paul Tortelier, pour le violon et le violoncelle, - Alfred Cortot, Vlade Perlemuter et l'irradiante Clara Haskil pour le piano, - le mystique Olivier Messiaen pour le renouveau spirituel en communion avec les oiseaux du ciel, - et, plus particulièrement, le Maître de toujours, Sandor Vegh, avec son génial Quatuor et, in fina, sa "Camerata Academica Salzburg" réunion de ses disciples et élèves du Mozarteum et foyer artistique des Mozartwochen. Conjointement, des liens personnels avec le monde viennois de l'Opéra et du Philharmonique, une fréquentation assidue des manifestations musicales à Berlin et Dresde, à Londres, à Venise, ainsi qu'une implication personnelle dans le miraculeux "Bouillon de culture" des Schubertiades autrichiennes, de leurs classes de maîtrise et de nombre de leurs interprètes à titre privé, se sont concrétisés par des apports substantiels à la Phonothèque.
Mais cette apparente opulence, confortée par une étroite collaboration des cercles et éditeurs musicaux d'Allemagne, du Royaume Uni, des USA et du Japon, à l'occasion de relations personnelles de haut niveau, au cours de quatre décennies de déplacements professionnels internationaux, est contrariée, dans la composition de la collection, par d'évidentes et flagrantes lacunes, - concernant par exemple : le foisonnement des opéras belcantistes, certains domaines et auteurs du romantisme et du Post-Romantisme, la quasi-totalité des compositeurs anglo-saxons et des avant-gardistes européens de la seconde moitié du dernier siècle et, enfin, un manque total du riche patrimoine de la musique de jazz.
Ces manques peuvent vraisemblablement être comblés par une collaboration étroite, voire par des jumelages appropriés, avec certaines autres Institutions ou Fondations amies. Et, au-delà de ce premier inventaire 2005, viendront probablement s'ajouter peu à peu, au gré des circonstances, des apports futurs des interprètes de la nouvelle génération. Car cette phonothèque est, par sa nature, un témoignage de vie. Or la vie continue, au-delà de nos itinéraires personnels…