Demain, c'est dimanche

24.09.2017 / Avec Augustin et Chrysostome

Quand saint Augustin commente la parabole du salaire des derniers ouvriers envoyés à la vigne (Mt 20, 1-16), il commence par jouer avec le verbe (latin) colere, qui signifie cultiver, soigner, entretenir, puis au sens figuré honorer, vénérer, adorer. Il explique : nous rendons à Dieu un culte, nous l’adorons, mais Dieu aussi nous cultive – comme on cultive une vigne pour qu’elle donne son fruit. Il nous cultive par sa parole afin de nous rendre meilleurs : que notre vie entière devienne le vrai culte, l’adoration véritable. C’est ainsi que le Royaume des cieux pénètre notre cœur(1).

Augustin montre encore que Dieu est toujours à l’œuvre (voir Jn 5, 17) et qu’il s’agit pour nous d’accomplir l’œuvre de Dieu, c’est-à-dire de croire en son Envoyé, lui qui l’a parfaitement réalisée à travers le don total de sa vie pour les autres (voir Jn 6, 29). La foi en Jésus, lui qui a les paroles de la vie éternelle, voilà bien le travail auquel Dieu ne cesse d’inviter les hommes.

Dans sa vision de l’histoire humaine, Augustin explique que l’appel de Dieu ne cesse de se manifester depuis le début de l’histoire humaine : Dieu embauche, il appelle à la foi. Dès la première heure avec Abel et Noé, Abraham, Isaac et Jacob ; tous les justes, ceux qui ont été appelés et qui ont répondu aux différents âges de l’histoire. Dans la parabole commentée par Augustin, les heures d’embauche symbolisent les différents âges de l’humanité. Mais, dit Augustin, c’est ensemble que, tous, nous parviendrons à la résurrection. C’est ensemble que nous rejoindrons le Royaume des cieux définitivement accompli : « Sous ce rapport donc nous serons tous égaux, les premiers au niveau des derniers, et les derniers au niveau des premiers. » Augustin nous invite donc à méditer l’immense projet de Dieu sur le monde. Nous, à l’heure et à la place où nous nous trouvons aujourd’hui, nous ne sommes qu’un petit instant de l’histoire du salut. Cela a de quoi nous rendre modestes, et aussi remplis d’espérance. L’histoire du salut est loin d’être achevée. Nous avons parfois le sentiment que l’humanité dérape, qu’elle va à sa perte : comment notre regard serait-il mauvais, pessimiste, alors que Dieu est bon, qu’il regarde sa création avec compassion et sollicitude (voir Mt 20, 16) ?

Reste le denier ! Augustin d’expliquer : « c’est la vie éternelle, et l’éternité est égale pour tous […] ; la vie éternelle, considérée en elle-même, ne saurait être inégale pour personne […], l’un n’aura pas plus que l’autre […], cette vie sans fin est le denier de l’éternelle vie. »

Méditant sur le phénomène contemporain et inéluctable des migrations, je me dis que ces hommes, ces femmes et ces enfants qui bravent le péril des frontières à franchir, sont une figure des derniers de la parabole, et que ces derniers seront premiers. Saint Jean Chrysostome semble de cet avis (2) : « Que personne ne prenne comme une honte pour l’Eglise le fait que nous ayons fait lever et parler au milieu de vous des étrangers [littéralement « barbares »]. C’est là la beauté de l’Eglise, là son ornement, là la démonstration de la puissance de la foi ! »

Notes
1. Sermon 87 que je cite dans l’édition de 1864-1872, établie par MAXENCE CARON, Sermons sur l’Ecriture, Paris, Laffont Bouquins, 2014, p. 878 à 890.
2. Je cite l’homélie VIII des Homélies nouvelles, dans le beau volume de GUILLAUME BADY, Jean Chrysostome, Trop occupé pour t’occuper de ta vie, Le guide au quotidien d’un Père de l’Eglise, Paris, Cerf, 2015.

Chanoine Jean-Claude Crivelli