Le Trésor

Sur le chemin de Rome, l’Abbaye accueille pèlerins et curieux depuis le haut Moyen Âge, qu’ils soient rois ou marchands. Nombreux sont ceux qui, dès sa fondation, offrent des objets, reliquaires, châsses en témoignage de leur hommage aux martyrs thébains. Ils obtiennent par là l’intercession efficace de Maurice et de ses compagnons. Ces dons composent le Trésor, illustration de l’influence spirituelle continue de la vénérable Abbaye, qui a traversé les siècles malgré diverses calamités, invasions, incendies, chutes de rochers. Il se donne à voir aujourd’hui dans toute sa splendeur sacrée.

Taillée en camée, l’aiguière déroule un décor funéraire, allusion à la mort tragique du neveu d’Auguste Marcellus. À la suite de sa conversion en objet sacré, elle reçoit une monture d’or et de grenats cloisonnés. Ce vase fait sans doute partie des donations faites par Sigismond, lors de la fondation de l’Abbaye en 515. Une légende du XIIe siècle en fait un vase tombé du ciel, porté par un ange à saint Martin occupé à recueillir le sang des soldats thébains sur le champ du martyre.

(inv. 4), Rome ?, Ier s. avant J.-C. (vase), royaume burgonde, fin Ve – début VIe s. (monture)

Conçu comme reliquaire à porter autour du cou, le coffret se présente comme un sarcophage, composé d’une petite cuve à compartiments internes, surmontée d’un toit à deux pans reliés par une charnière. Il offre un cloisonné de grenats sur âme d’or, au dessin précis et symétrique, qui met en évidence les pierres gravées antiques serties en cabochon, traitées en remploi. Une inscription au revers livre les noms des cinq acteurs impliqués, à divers degrés, dans sa fabrication.

(inv. 5), Sud-Ouest de l’Allemagne, 1ère moitié du VIIe s.

Chef d’œuvre de l’orfèvrerie carolingienne, l’aiguière est ornée de plaques d’émaux cloisonnés sur les deux faces de la panse et sur le col – se font face, d’un côté deux lions flanquant un arbre de vie, de l’autre deux griffons ailés à bec d’aigle – œuvre d’un orfèvre connaissant la culture byzantine et maîtrisant à la perfection la technique du cloisonné sur or. L’important effort historiographique conduit à l’Abbaye dès l’époque baroque rattache l’objet à Charlemagne.

(inv. 6), Empire carolingien, début du IXe s.

La découverte d’un denier d’Amédée III (1103-1148), comme la présence de textiles, de reliques de Terre sainte et d’authentiques datées du milieu du XIIe siècle ou peu après, désignent l’objet comme le reliquaire d’un martyr thébain et le mémorial du comte de Savoie, engagé dans la deuxième croisade et bienfaiteur de l’Abbaye. Par son décor, l’objet met en scène les sphères céleste et terrestre, et magnifie le caractère exemplaire de Candide comme militaire et comme saint.

(inv. 8), Atelier de Saint-Maurice, vers 1165

L’adoption de la réforme canoniale en 1128 est le début d’une intense période de reconstruction temporelle et spirituelle. Elle culmine sous l’abbatiat de Nantelme (1224-1259) avec la révélation du corps de Maurice, son placement dans une nouvelle châsse et l’installation de celle-ci sur l’autel majeur, en 1225. Le décor de la châsse révèle le lien vital entre le martyre et l’eucharistie, et représente l'aboutissement de la théologie augustinienne du Corps Mystique, c’est-à-dire de l’Église conçue comme le corps du Christ.

(inv. 3), Orfèvre strasbourgeois actif à Saint-Maurice ?, 1225

Le bouton de cette coupe, orné de trois serpents, contient une bille qui résonne lorsqu’on la porte, ce qui retenait déjà l’attention de l’abbé J. J. Quartéry en 1659. Par sa forme et son décor, fruits d’influences les plus diverses, cette coupe « chantante » n’a pas d’équivalent dans l’Occident médiéval, et s’il est probable qu’elle se soit retrouvée dans les bagages d’un émissaire que saint Louis envoya en mission en Mongolie, on ignore comment elle est parvenue à l’Abbaye.

(inv. 13), Atelier Mongol ?, 1er quart du XIIIe s.

Dès la fin du XIVe siècle, la Maison de Savoie se rapproche à nouveau de l’Abbaye et la favorise de ses dons, établissant de la sorte de nouvelles relations symboliques avec elle. La réalisation de ce reliquaire, don des Savoie, implique la collaboration d’un orfèvre, d’un doreur et d’un peintre ; il n’est donc pas exclu que l’acte des comptes du duc Amédée VIII, daté de 1418, mentionnant deux artistes occupés à la réalisation d’une tête de saint Victor désigne ce buste précis.

(inv. 26), Genève, attr. à Gossuin de Bomel ?, 1er quart du XVe s.

L’aiguière présente la silhouette caractéristique de tulipe, montée sur piédouche et munie d’une anse droite. Cette forme, particulièrement diffuse dès le milieu du XVIe siècle, eut une longue carrière à l’époque baroque, reprise dans la poterie d’étain et la faïence. Sous le bec, accompagnées de la devise Deo duce constanter (Dieu comme guide, fermement), sont gravées les armes d’Odet, encadrées de branches de laurier et soutenues par les saints Maurice et Augustin.

(inv. 38), Suisse Occidentale ?, autour de 1647