Pour la messe pontificale de la solennité de Pâques, Mgr Joseph Roduit a prononcé une homélie sur le thème: Où en sont les valeurs aujourd’hui ?
Où en sont les valeurs aujourd’hui ?
Quand on parle de valeurs dans notre monde, on entend souvent dire que l’ordre des valeurs a été complètement bouleversé. On parle même de perte des valeurs. Mais de quelles valeurs s’agit-il ? Depuis bien deux générations, notre monde a beaucoup misé sur les valeurs matérielles de confort et de richesses ; sur des valeurs d’informations immédiates et de techniques informatiques ; sur des valeurs politiques et économiques. Sur la plupart de ces valeurs on vit un certain nombre de désillusions.
Dès lors, on peut se poser la question : que sont devenues les valeurs morales et spirituelles ? Même sur ces plans, suis-je encore bien placé pour en parler alors que les révélations récentes de comportements immoraux de certains prêtres ont mis à mal toute prédication. On peut se plaindre d’exploitation massive des informations qui relèvent de la justice, il n’empêche que les faits sont là.
On peut toujours servir la phrase de Jésus : « Que celui qui est sans péché, jette la première pierre », cela ne servira à rien, les pierres ont déjà été lancées et nous sommes lapidés par les Médias.
Oser prêcher Pâques
Dans ce contexte de mise à mal de l’Eglise, nous vivons le Vendredi saint chaque jour en écoutant la radio, en regardant la télévision, en ouvrant le journal.
Dès lors, comment garder la sérénité, comment oser parler de Pâques et de Résurrection ?
Et bien je crois au salut apporté par Jésus-Christ. Il est venu sauver l’humanité du mal et du péché. Seul un retour à Jésus Christ, à sa personne, à son enseignement peut sauver et les fauteurs et les victimes, et les membres de l’Eglise et ceux qui les accusent, ceux qui croient comme ceux qui doutent.
Le salut est en Jésus-Christ notre Sauveur. Il a pris sur lui nos péchés, il a pris sur lui nos souffrances. Il a enduré les coups des bourreaux, porté les blessures sanglantes et finalement il a subi la mort ignominieuse de la croix. Comme un malfaiteur. « Or, ce sont nos souffrances qu’il portait, nos péchés dont il s’était chargé » annonçait déjà le prophète Isaïe.
Dès lors que lui, l’innocent a tout pris sur lui, il a enfoui le mal dans la mort. Mais tout ne s’est pas soldé par le silence de la mise au tombeau et de la mort. Et c’est là que va renaître une immense espérance. Au bout de trois jours il est ressuscité. Il l’avait bien annoncé, mais qui pouvait croire à une telle annonce ? On n’a jamais vu un mort revenir à la vie ! Et c’est bien là le centre de notre foi. Parce qu’il était le Fils de Dieu fait homme, il a assumé pleinement l’humanité jusqu’à la mort. Mais le Père a montré sa divinité en le ressuscitant.
Le Père qui semblait avoir abandonné son Fils sur la croix, l’a réveillé d’entre les morts. Et voilà qu’en ce jour, on célèbre sa Résurrection. La victoire de la vie sur la mort, du pardon sur le péché, de la consolation sur le malheur. La victoire de la guérison sur la blessure, du repentir sur mal infligé.
On est loin de la défaite, on est appelé à partager la victoire du Ressuscité, de Celui qui a racheté l’humanité vendue au mal et au péché.
Dès lors, on peut retrouver des raisons de vivre et de persévérer, des raisons de croire et d’espérer, des raisons de nous réjouir et de partager.
Ainsi peut-on retrouver les valeurs pascales. Je parlais tout à l’heure de perte des valeurs. Voyons dès lors quelles sont les valeurs pascales ?
Les valeurs pascales
On pourrait appeler valeurs pascales, des valeurs spirituelles, éthiques et humaines. Ce sont des valeurs de Résurrection.
Valeurs spirituelles d'une foi intelligente pratiquée avec ferveur par une pratique dominicale et quotidienne de la prière. Pourquoi faudrait-il que nos enfants, que nos jeunes sombrent dans l'indifférence religieuse d'un monde matérialiste ou dans toutes sortes de religions qui n'apportent pas le salut ? Nous avons à vivre fièrement notre Foi au Christ mort et ressuscité.
Chaque dimanche est le jour du Seigneur, [I]le jour de l'Eglise[(I], comme disait le pape Jean Paul II dans une Encyclique où il nous rappelait que l'Eglise est eucharistique, c'est-à-dire qu'elle vit de l'Eucharistie.
Nous n'avons pas de complexe à avoir face à des théories de la réincarnation ou de je ne sais quelle croyance. Osons dire que Pâques est au centre de notre foi, car cette fête rassemble toutes les lumières sur nos souffrances et nos oeuvres, nos peines et nos joies, notre vie et notre mort. Pâques donne sens à toute notre vie.
Valeurs éthiques ensuite, valeurs d'une morale de fidélité constante et d'espérance joyeuse. Il y a une morale évangélique qui ne s'inspire en rien des valeurs matérialistes et financières, mais qui s'inspire des valeurs d'amour, de respect, de pardon, de miséricorde, de vérité, de justice et de paix. Les prêtres et les chrétiens eux-mêmes ont une mission d'annoncer ces valeurs, mais bien sûr d'abord de les vivre. Et cela avec conviction et espérance. On perçoit déjà des lueurs dans ce sens. Ne serait-ce que par plus de respect de la création. Peu à peu notre monde réalise qu’on n’a pas le doit de saccager la nature, de rendre stérile notre terre.
La suite à donner sera dans le respect de l’être humain, placé par le Seigneur au sommet de la création. Dès sa conception, jusqu’à la mort naturelle. Peu à peu on va redécouvrir ces valeurs de vie et de respect de la vie. Ce sont des valeurs éthiques que tous peuvent partager : que les chrétiens ne craignent pas de les illustrer et d’en témoigner.
Valeurs humaines enfin, car notre foi et notre espérance s'expriment dans une charité profondément humaine. On n'est pas loin de l'humanitaire. Le chrétien vit concrètement les relations avec les autres et il importe que l'étranger se sente accueilli, le pauvre secouru, l'affamé nourri, le malade soigné, le prisonnier visité, voire libéré, l'affamé de justice rassasié. C'est d'ailleurs sur ces valeurs humaines que nous serons jugés au Jugement dernier, le Christ s'identifiant à tous les pauvres.
Conclusion
Ainsi donc, dans un monde de pertes des valeurs, il faut les retrouver. Elles n’ont pas disparu : elles sont cachées sous nos timidités, sous nos manques de conviction. Il faut aller les dénicher au fond de nous-mêmes. Masquées par des portes de doutes, de manques de confiance, il faut en retrouver la clé. Valeurs enfouies sous les gravats de la démolition, dans la poussière étouffante des Médias, sous les ordures du péché. Un peu comme ces survivants des tremblements de terre qui recherchent non pas tellement des anciennes valeurs mais du courage pour reconstruire, ainsi sommes-nous appelés à dégager des raisons de croire et d’espérer à travers des valeurs pascales, valeurs spirituelles, éthiques et humaines.
Ces valeurs sont écrites dans l’évangile, qu’elles s’impriment aussi dans nos vies. Ainsi, en voyant le courage des chrétiens, d’autres hommes pourront lire mieux que dans le journal l’exemple du témoignage chrétien vécu en vérité.
Que le Christ ressuscité soit notre foi, notre courage et notre espérance ! Amen.