Le dimanche 3 janvier 2010, en la fête de l'Epiphanie, Mgr Joseph Roduit, Abbé territorial, a présidé la messe pontificale de 10 heures. L'évocation des Mages a été l'occasion de procéder à la bénédiction de l'encens pour l'année.
Voici le texte de l'homélie prononcée par Mgr Roduit.
Le prologue de saint Matthieu
Le jour de la Fête de Noël, nous avons lu le prologue de l’Evangile de saint Jean.
Un texte hautement spirituel et théologique où Jésus est présenté comme le Verbe de Dieu qui s’est fait chair. Ce n’est pas par hasard que l’on a comparé l’évangéliste saint Jean à un aigle.
L’évangile de saint Matthieu que nous venons d’entendre est d’un tout autre ordre.
A travers des récits qui font penser à des contes des mille et une nuits, il offre une pensée hautement théologique. Les premiers chapitres de l’évangile de saint Matthieu sont aussi une forme de prologue, mais écrit à la manière juive où se mêlent avec souplesse des événements et leur interprétation théologique.
Le chapitre 2 de saint Matthieu
On peut tout à fait distinguer sept parties de cet évangile sur le Royaume des cieux, précédés d’une introduction en deux chapitres. Dans le premier, Matthieu montre dans une généalogie que Jésus est descendant du roi David. Dans le deuxième, il y a la double notion de royauté, à la manière d’Hérode et à la manière de Jésus. C’est là que se situe l’adoration des Mages que nous fêtons aujourd’hui. Hormis Jésus et les Mages, le personnage central de tout ce chapitre c’est Hérode. Hérode le roi, le cruel, le jaloux, Hérode l’ignorant. Et Matthieu montre très bien le contraste entre deux rois : Hérode qui se veut le tout-puissant et Jésus le faible roi, né dans une étable, le roi des Juifs, le Messie.
Le contraste des deux rois
Pour saint Matthieu, Hérode symbolise le refus d’accepter le Christ et son message.
Jésus est au contraire le Messie accueilli par les hommes de bonne volonté, les bergers, les mages, mais rejeté par les responsables de son peuple.
Laissons-nous conduire par saint Matthieu vers la crèche que vous pouvez voir sur le bas-côté de notre basilique. Aujourd’hui, pour la fête de l’Epiphanie, des Mages venus d’Orient ont été mis en place. Que veut signifier cette présence inattendue auprès de Marie, Joseph et l’enfant ? Matthieu veut signifier que ce roi aura une mission de salut universel.
Ces mages, ce sont des païens qui viennent de loin jusqu’à Jérusalem. Ils cherchent le roi des Juifs, le reconnaissent, l’adorent et lui offrent trois présents. L’or offert à Jésus le Roi, la myrrhe au prophète qui mourra et sera embaumé, enfin l’encens car Jésus est le Nouveau Grand-Prêtre. Ces Mages reprendront la route par un autre chemin. Les scribes par contre scrutent les Ecritures et ne daignent pas se déplacer de Jérusalem pourtant toute proche.
Les Mages sont des sages, des païens : ils entrent dans la maison et adorent l’enfant, devançant le geste de leurs frères et sœurs païens qui entreront dans l’Eglise pour trouver le Sauveur. Matthieu veut montrer que le peuple juif n’a pas su reconnaître le Messie annoncé par les prophètes, alors que les païens, eux, l’ont pressenti.
Le conflit des deux rois
Le conflit entre Jésus et Hérode, chers frères et sœurs, reste bien actuel.
Ouvrons les yeux et regardons tous ces enfants massacrés dès le sein de leur mère dans nos pays riches. N’est-ce pas encore le massacre des innocents ?
Ouvrons les yeux et voyons tous ces enfants malingres mourant de faim dans les bras de leurs mères décharnées. N’est-ce pas une injustice mondiale ?
Ouvrons les yeux et regardons cette quantité de réfugiés qui fuient des dictateurs despotes et corrompus : Hérode n’est pas mort pour tout le monde !
Ouvrons les yeux et regardons tous ces requérants d’asile qui, pour la plupart ont été persécutés dans leur pays, alors qu’ils ne demandaient que de vivre chez eux en paix.
Jésus est né comme un réfugié, il a vécu comme un pauvre. Il a prêché l’amour et le pardon. Il s’identifie aujourd’hui encore à celui qui a faim, qui a soif, qui est malade, en prison ou étranger.
Tant d’hommes, de femmes, d’enfants nous interpellent aujourd’hui comme au temps d’Hérode et nous demandent comme les Mages : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile en orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui ».
Nous avons une mission de révélation envers nos contemporains. Epiphanie veut dire « manifestation ». Jésus a été manifesté aux Juifs, mais aussi aux païens. Aujourd’hui encore l’Eglise a la mission de le manifester, d’ouvrir les yeux de ceux qui n’ont pas encore reconnu Jésus comme le Messie. Tant de nos contemporains ont les yeux fermés sur les réalités spirituelles, en particulier des jeunes.
S’en retourner par un autre chemin
Ce que Matthieu voit au premier siècle, on le voit aujourd’hui : le peuple juif attend encore un Messie, car il n’a pas reconnu l’enfant Jésus comme son Seigneur.
A partir de cette rencontre avec Jésus, les Mages, devenus croyants, rompent avec Hérode et regagnent leur pays par un autre chemin.
Puissions-nous le manifester par nos attitudes, nos paroles et nos actes. Puissent ceux qui nous rencontrent repartir, comme les mages, par un autre chemin. Chemin de pardon après l’offense, chemin de joie après la tristesse, chemin de foi après le doute, chemin de réconciliation après la dispute, chemin de calme après l’excitation, chemin de service après celui de l’égoïsme, chemin d’amour après celui du refus d’aimer. Ces chemins se trouvent dans nos cœurs, certains sont sans issue. A nous de découvrir ceux que le Seigneur nous indique. Un psaume dit : « Heureux qui marchent en ta présence, Seigneur, des chemins s’ouvrent dans leur cœur ». Quels chemins vont s’ouvrir pour chacun de nous après ces fêtes de Noël ?
Puissions-nous, après avoir communié et adoré, après avoir reçu Jésus dans la crèche de notre âme, repartir par un autre chemin intérieur, loin du paganisme, mais vers le vrai roi du Royaume des cieux.
Amen.