Mgr Joseph Roduit a présidé pour la dixième fois les célébrations de Noël à la Basilique de Saint-Maurice. Voici le texte de son homélie pour la messe de minuit.
La bienheureuse Mère Teresa a dit un jour :
« La pauvreté la plus terrible est la solitude et le sentiment de ne pas être aimé ».
Mère Teresa en connaissait un bout de la pauvreté matérielle, physique, psychique et voilà qu’elle nous dit que la pauvreté la plus terrible est d’ordre affectif.
« Etre ou ne pas être », dit Shakespeare. Et voici que Mère Teresa dit : « Aimer ou ne pas aimer, Là est la vraie question. » Et Mère Teresa d’expliquer : « L’amour commence à la maison ; l’amour vit dans les foyers, c’est pourquoi il y a tant de morosité et de souffrances dans le monde d’aujourd’hui… » Déjà au moyen âge François d’Assise parcourait les rues de sa cité en pleurant et en disant : « C’est l’amour qui n’est pas aimé ».
Et aujourd’hui, est-ce que l’amour est aimé ? Je ne parle pas d’aventures amoureuses ni de contrefaçons de l’amour, je parle d’amour vrai qui consiste à rendre l’autre heureux. Cela peut paraître indélicat de parler d’amour dans les foyers d’aujourd’hui. Reconnaissons que les situations familiales de chacun de nous révèlent des souffrances et des blessures de ce type-là. Pas seulement dans les foyers, mais dans tous nos milieux de vie, il est difficile d’aimer en acte et en vérité.
Un enfant, s’il n’est pas aimé, il peut difficilement se développer harmonieusement. Il a autant besoin d’amour pour son cœur que de nourriture pour son corps. Pour nous faire comprendre ce qu’est le véritable amour, Dieu s’est fait enfant.
Dieu s’est livré à l’amour de l’humanité. Il a pris l’état fragile d’un enfant pour quémander notre amour. Dans le sens le plus fort, c’est un amour désarmant. Utiliser des armes, quelles qu’elles soient contre un enfant, c’est inhumain. Et Dieu se fait homme pour nous apprendre à vivre en humain. Car on ne peut pas comprendre vraiment le divin si on n’approche pas l’humain. C’est la particularité du christianisme que de prêcher un Dieu incarné.
Et voilà que le Fils de Dieu qui siégeait à la droite de Dieu vient siéger à nos côtés.
Ne cherchons plus Dieu dans les nuages ou dans des réflexions hautement philosophiques et théologiques. Dieu est à nos côtés. Il vient naître dans nos berceaux, s’asseoir à notre table, se mêler à nos vies. Ce soir même, imaginez qu’il vient s’asseoir sur votre banc à côté de vous. Car Dieu est au cœur de nos vies et votre voisin est à l’image de Dieu, comme vous-mêmes l’êtes aussi pour lui.
Vous me direz que j’exagère ? Alors pourquoi Jésus va-t-il s’assimiler à tout homme et en particulier au plus faible, au plus petit, à l’étranger, au malade, au prisonnier ? Au point de dire : « Tout ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait ! »
Alors ne serait-il pas sur le banc à côté de vous à l’église ou à table demain à la maison, autour du repas familial ? A côté de vous dans le train, dans la rue, au travail durant la semaine. Dieu s’est fait homme et il continue à le faire. Dieu s’est fait fils des hommes pour que les fils des hommes deviennent des fils de Dieu, nous disent les Pères de l’Eglise.
Saint Paul a reconnu Jésus alors qu’il persécutait des chrétiens. Saint Martin, nous dit-on, l’a reconnu revêtu du manteau qu’il avait partagé avec le pauvre. Ainsi reconnaîtrons-nous Jésus sous les traits de tant de personnes que nous aurons côtoyées, que nous aurons aidées ou pas su aider.
L’acte de foi ne passe-t-il pas aussi par un acte de charité, d’amour, d’attention à l’autre ?
La lumière du Chrétien
Ce mystère doit nous habiter de lumière. Dieu vient éclairer nos vies de l’intérieur. Durant le temps de l’Avent on a illuminé les maisons, les rues, les magasins. Tout cela n’est qu’extérieur. Il est temps en ce soir de nous laisser illuminer de l’intérieur.
Que le Seigneur vienne
-- illuminer notre tête, notre intelligence et renouveler notre façon de penser ;
-- illuminer notre cœur et renouveler notre façon d’aimer ;
-- illuminer notre corps lui-même pour renouveler notre façon d’être.
Noël est une fête de lumière et de joie. Profitons-en pour apporter de la lumière autour de nous.
C’est Nelson Mandela, le célèbre défenseur de la liberté des Noirs en Afrique du Sud qui dit :
« En faisant scintiller notre lumière.
Nous offrons aux autres la possibilité d’en faire autant »
Aussi ceux qui illuminent leur visage d’un sourire, mettent un sourire sur le visage de l’autre. Dans un monde qui a plus besoin de sourires que de soupirs, soyons souriants. Dans un monde de doutes et de recherches, de critiques négatives et de défaitismes, apportons la lumière de la confiance et de l’espérance. Notre monde en a tant besoin. Dans un monde de mensonge et de sensationnel, apportons la lumière de la vérité. Dans un monde de souffrances et de peines, apportons la lumière de la paix. Ce sont là des messages de Noël.
Au sein même de nos familles, quelles que soient les situations, apportons le dialogue, la confiance et la paix. Dans tous nos milieux de vie apportons la lumière de Noël. L’amour est lui-même une lumière. N’oublions pas l’enseignement de Mère Teresa : l’amour commence à la maison.
N’oublions pas l’enseignement de Nelson Mandela : « Faisons scintiller nos lumières sur nos visages de chrétiens ». Amen.