Mgr Joseph Roduit a présidé la célébration de la Fête-Dieu, le jeudi 11 juin 2009. Voici le texte de son homélie dans laquelle il commente les trois textes bibliques proposés par la liturgie:
Lecture I : Exode 24 : le sang de l’Alliance
Lecture II : Hébreux 9 : le Christ entre dans le sanctuaire en versant son propre sang
Evangile : Marc 14 : les préparatifs de la Pâque
Nous venons d’entendre trois textes de l’Ecriture :
• le premier concernait l’ancienne alliance,
• le deuxième rappelait que Jésus est le Médiateur d’une Alliance nouvelle et éternelle.
• le troisième texte, tiré de l’évangile de saint Marc nous a rappelé les préparatifs de la Pâque juive au cours de laquelle Jésus institua l’Eucharistie.
Je retiens un mot lié aux trois textes entendus : alliance.
I Exode 24 : l’ancienne Alliance
La première lecture a rappelé le sens de l’Alliance avec cette phrase engageante du peuple hébreu :
« Toutes ces paroles que le Seigneur a dites, nous les mettrons en pratique. »
Le peuple hébreu a quitté l’esclavage de l’Egypte et va trouver une liberté toute relative puisque le voilà livré au désert, après avoir traversé la Mer rouge. Dans le désert du Sinaï, Moïse va lui donner une loi en dix points : les dix commandements.
Au delà d’un événement historique difficile à vérifier, il y a là toute une symbolique. Et elle se retrouve en chacune de nos vies. Chacune de nos vies a commencé dans une alliance de nos parents. Alliance que les époux portent à leur doigt avec une fidélité parfois très difficile, sans cesse tentés par des mésalliances. Notre naissance à chacun de nous a été une alliance dans le sang, un enfantement, une forme d’hémorragie symbolisée par la Mer rouge. Et nous avons hérité du sang de nos familles ascendantes.
Cette Mer toute relative, puisqu’on l’appellera aussi la Mer des roseaux va symboliser les passages tels que celui de la traversée de l’adolescence. Plus que des chars égyptiens embourbés dans les eaux, n’y a-t-il pas aujourd’hui autant de chars ennemis qui tentent de rattraper le jeune qui réussit sa traversée dans les bruits fracassants de musiques assourdissantes ou les jeux dangereux des hauts risques de l’exploit comme les creux du découragement, de la drogue ou autres déviances.
Quand la Bible symbolise les eaux de la Mer rouge ou du Jourdain par des murailles d’eau de chaque côté du cortège des hébreux, ne symbolise-t-elle pas tout ce qui risque de submerger l’homme moderne prêt à se faire engloutir par les tentations du gain facile, de profit malhonnête ou de l’infidélité à ses serments d’amour, à ses paroles données.
La Bible conduisant le peuple hébreu au désert n’est-ce pas ces moments de la vie où on se retrouve face à soi-même confronté à l’hostilité des lieux et ne pouvant compter que sur la bravoure et la décision de prendre en mains sa vie ?
N’est-ce pas le moment de se rappeler qu’il y a une dizaine de commandements essentiels qui engagent nos vies face à Dieu, nos parents, notre prochain et nos tentations intérieures de violences, d’infidélité, de vols, de mensonges ou de parjures.
Chacun doit se poser un jour la question : où est mon Sinaï ? Où en suis-je de mon alliance ?
II Hébreux 9 : l’Alliance nouvelle et éternelle
Après ce rappel du livre de l’Exode, passons maintenant à la deuxième lecture tirée de la Lettre aux Hébreux. Etonnante lettre qu’on a longtemps attribué à saint Paul, mais qui est le fait de Juifs convertis au Christianisme et sans cesse tentés de retourner à l’ancienne alliance.
Ce texte va montrer que Jésus est le grand prêtre de la nouvelle alliance, le médiateur de l’Alliance nouvelle. La démonstration est imparable pour un juif sincère : il est appelé à entrer dans une nouvelle alliance.
Un Nouveau testament vient non pas supprimer, mais dépasser l’ancien. Jésus dira que pas un iota de l’Ecriture doit disparaître, il n’est pas venu abolir, mais accomplir. Les dix commandements ne sont pas éliminés, ils sont complétés par un commandement nouveau ; celui de l’amour de Dieu uni à l’amour du prochain. La nouvelle alliance, sera résumée dans le fait qu’aimer Dieu équivaut à aimer le prochain. Le premier commandement : « Ecoute, Israël, tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton coeur, de toutes tes forces, et de tout ton esprit » est joint au second : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».
Au jugement dernier Jésus dira : « Tout ce que vous avez fait au plus petit d’entre les mieux, c’est à moi que vous l’avez fait, car j’avais faim et vous m’avez donné à manger, j’avais soif et vous m’avez donné à boire, j’étais malade et vous m’avez soigné, j’étais en prison et vous êtes venus me voir, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli. » Chaque chrétien connaît ces textes de l’Alliance nouvelle qui nous engage dans la lutte contre la faim, dans les problèmes de l’eau sur notre planète, de la santé dans le monde, des étrangers déplacés etc..
Tous ces commandements nouveaux sont comme couronnés par les Béatitudes qui promettent d’être heureux à celui qui accepte la pauvreté en esprit tout en combattant la misère, la douceur tout en combattant la violence, la pureté tout en combattant les infidélités, la justice en combattant les injustices. Chaque béatitude, comme son nom l’indique promet d’être heureux.
III Marc 14 : la Pâque nouvelle
Après l’ancienne alliance de l’Exode et l’alliance nouvelle de la Lettre aux hébreux, je conclus avec l’alliance nouvelle et éternelle de l’Eucharistie magnifiée en ce jour de la Fête du saint sacrement, communément appelée Fête-Dieu.
Aujourd’hui, comme à chaque Messe, le prêtre va célébrer la Pâque nouvelle car elle se renouvelle à chaque Eucharistie, invitant sans cesse au repas du Seigneur. Alliance d’un pain, fruit de la terre et du travail des hommes qui devient pain de vie, Corps du Christ. Alliance d’un vin, fruit de la vigne et du travail des hommes qui devient le vin de l’Alliance nouvelle et éternelle de Jésus-Christ, le sang du Christ versé pour nous. Ce sang versé par les martyrs d’hier comme aujourd’hui est le sang de la vie du chrétien. Comme on porte en soi le sang de sa famille, le chrétien est invité à voir son corps mystique irrigué par le sang de la vie livrée par notre frère Jésus.
Depuis le Moyen-Âge, on a senti le besoin de manifester jusque dans les rues de nos vies sociales, professionnelles ou familiales le Corps du Christ porté en procession.
Tout à l’heure, en suivant la procession, ne craignons pas de laisser défiler en nous toutes les alliances de nos vies en pensant successivement à nos vies depuis l’alliance du sang de notre naissance jusqu’au jour du terme de notre vie où l’alliance avec Dieu sera réalisée pour toujours. Nous avons aussi nos passages à faire, nos déserts à traverser, nos commandements à vérifier, le Sinaï, de nos prières solitaires et solidaires à gravir comme une haute montagne intérieure. Il est tellement plus facile de rester dans la plaine de nos veaux d’or que de gravir les marches des commandements. Durant la procession de tout à l’heure, un mot, une réalité peut habiter nos histoires de vie : Alliance.