Mgr Joseph Roduit a présidé la célébration de la Toussaint. Voici le texte de son homélie dans laquelle il commente les Béatitudes
Toussaint 2008 Homélie à la Basilique de l’Abbaye de St-Maurice
Dieu seul est saint. C’est lui que nous proclamons trois fois saint. Si on parle de la sainteté des hommes, ce n’est qu’en référence à la sainteté de Dieu. On ne peut prétendre à la sainteté que dans la mesure où on est enraciné en Dieu. Quand on parle d’hommes saints, de femmes saintes. on doit parler de Dieu, car la sainteté vient de Dieu.
N’ayons crainte de proclamer la sainteté. Le culte des saints n’enlève rien à la sainteté de Dieu, bien au contraire. On n’adore que Dieu seul, mais on vénère les saints.
Tout au long de l’année, l’Eglise propose comme modèles sur la terre et comme intercesseurs dans le ciel, des hommes et des femmes qui se sont laissés gagner par la grâce de Dieu le Père, habiter par la vie de Jésus lui-même, conduits par l’Esprit Saint.
Mais tous les saints ne sont pas morts martyrs, tous les saints n’ont pas été canonisés, tous ne sont pas dans le calendrier, loin de là. Nous avons tous connu de saintes personnes qui nous ont édifiés par leur vie exemplaire et sainte. L’Eglise nous invite à les célébrer tous dans une même fête où personne n’est exclu, personne n’est oublié.
Les Béatitudes
Un saint est une personne qui vit ou a vécu pleinement l’esprit des Béatitudes que nous avons proclamé dans l’évangile de ce jour.
Un texte absolument étonnant, car il énumère une série de personnes qui ont tout pour être malheureux, et voilà que Jésus les proclame heureux. C’est un retournement de situation qui est proposé, une vraie conversion.
Les Béatitudes, c’est le monde à l’envers, mais c’est la vie à l’endroit.
Les Béatitudes se vivent au quotidien. Elles sont le signe de la sanctification.
Les pauvres ont de quoi être malheureux et voilà que dans notre monde de fausses richesses, l’évangile proclame bienheureux les pauvres.
Il ne s’agit pas tellement de pauvreté matérielle, que de pauvreté d’esprit, pauvreté de coeur, de celui qui sait vivre dans la simplicité, se contenter de peu et découvrir les joies simples. Oui ceux qui ont coeur de pauvres sont bienheureux.
Dans notre monde de violence, de guerre, de terrorisme, les innocents auraient de quoi être révoltés, tentés par la vengeance. Et voilà que l’évangile proclame bienheureux les doux. Il ne s’agit pas d’être mous, mais bien d’être doux. La douceur facilite le dialogue, pas seulement sur le plan international, mais déjà au sein même de nos familles où la violence, ne fût-elle que verbale, a tôt fait de prendre la place du dialogue serein. Oui, ils sont bienheureux les doux, même et déjà au sein de nos familles.
Tout comme les coeurs purs. Ceux qui ne voient pas le mal partout, mais qui, sans naïveté, croient à la bonté possible des personnes, croient au progrès moral et spirituel envisageable, croient au pardon qui rend meilleur. Oui bienheureux les coeurs purs, ils verront Dieu , pas seulement au ciel. Ils verront Dieu à l’oeuvre dans le coeur des personnes en ce monde.
Dans notre monde de souffrances, de malheurs, de cataclysmes, de deuil, l’évangile ose proclamer bienheureux ceux qui pleurent. Mais pour cela, il faut qu’ils soient consolés. C’est une tâche immense que de chercher à consoler ceux qui pleurent. Il s’agit d’être attentifs aux malheurs des autres, aux peines de coeur des personnes qui ont perdu un être cher et ne s’en consolent pas.
Cela suppose une attention à toute souffrance, une faim et une soif de justice, aussi. Oui, dans notre monde d’injustice, l’évangile ose proclamer heureux les affamés et assoiffés de justice, ceux qui sont même persécutés pour la justice. C’est une lutte continuelle que de défendre la justice, oser s’engager en faveur de celui qui est méprisé parce que étranger, exclu parce que immigré. Ils en pleurent parfois ceux qui s’engagent pour la justice, mais le Seigneur leur promet consolation.
Dans notre monde où se révèlent tant de misères, l’évangile proclame aussi bienheureux les miséricordieux. Il ne faut pas confondre pauvreté et misère. L’évangile est pour la pauvreté, mais contre la misère. Les saints ce sont qui se sont penchés sur la misère, ceux dont le coeur a été touché par la misère, c’est le sens du mot miséricorde : la misère touche mon coeur. On est loin de l’indifférence. on est proche de la compassion.
Oui, les saints que nous fêtons ce sont souvent ceux qui ont exercé une grande charité. Même les Médias reconnaissent la charité d’une mère Teresa, d’un abbé Pierre, d’une soeur Emmanuelle.
A cette sainteté-là, nous sommes tous appelés. Pas de place pour les égoïstes et les orgueilleux au rayon de la sainteté. Oui, bienheureux ceux dont le coeur est touché par la misère des autres, ne serait-ce que par une aumône, un don missionnaire, un service rendu.
L’évangile proclame aussi heureux les artisans de paix.
« L’oeuvre de la justice, c’est la paix » , a rappelé dernièrement le pape Benoît XVI, citant saint Augustin (opus justitiae, pax) . Oui la paix n’est possible que lorsqu’on a rendu justice aux victimes de l’injustice.
Pour citer un fait d’actualité, je suis frappé par le fait de constater qu’on est capable en quelques jours de trouver des milliards pour sauver un marché financier, mais qu’on est incapable en des dizaines d’années de nourrir toute l’humanité pour bien moins de milliards. Il y a de quoi se poser des questions sur notre système capitaliste. Alors oui bienheureux les artisans de paix qui se battent pour la justice, en essayant d’établir plus de partage, moins d’inégalité entre les hommes, le respect envers tout homme. Il faudra du temps pour réaliser qu’une économie de profits et de gains, surtout virtuels, est vouée à l’échec. Seule une économie de communion peut conduire à plus de justice et donc à plus de paix.
Au terme de cette homélie sur la sainteté en proclamant les béatitudes, demandons-nous pourquoi nous sommes parfois tristes, malheureux. C’est souvent parce qu’on ne vit pas suffisamment l’esprit des Béatitudes. Celui qui les vit, est par définition bienheureux.
Les saints que nous fêtons aujourd’hui ce sont ceux qui ont mis en pratique, au moins une béatitude. Seul Jésus les a toutes pratiquées. Mais que chacun s’exerce tour à tour à exercer au moins une béatitude. C’est un choix qu’il faut faire.
Je crois que chacun possède en soi assez de charisme pour pratiquer telle ou telle béatitude. François d’Assise a choisi : heureux les pauvres ! Mère Térésa : Heureux les miséricordieux . Et vous ? quelle béatitude choisissez-vous ? Sans ce choix on risque de rester dans la tristesse. Car, comme le disait Léon Bloy : « Il n’y a qu’une tristesse, celle de ne pas être des saints »