Les visiteurs qui pénètrent dans la Basilique abbatiale de Saint-Maurice, peuvent y observer notamment trois monuments funéraires. Mais le plus souvent, ils ignorent totalement ce que furent ces personnages de leur vivant : des hommes actifs dans les domaines politique, diplomatique, militaire ou encore littéraire. Sur chacune de ces dalles se trouvent diverses inscriptions et armoiries, elles sont décrites ici.
Au fond de la Basilique, sous l’orgue, le visiteur aura encore le regard attiré par deux plaques de bronze placées là en hommage à un ancien abbé et à un musicien remarquable.
Fils de Gaspard Jodoc (1609-1691), qui demeure le Grand Stokalper, Petermann Stokalper de la Tour fut hissé très tôt aux honneurs : à 18 ans déjà, il était banneret de Brigue, puis grand châtelain (soit juge). Il fut ensuite élu par la Diète valaisanne de décembre 1687 pour représenter le Dizain de Brigue dans la charge de gouverneur de Saint-Maurice. Il prit possession de cette charge en janvier 1688, mais ne put remplir son mandat que peu de temps, car le 20 septembre de la même année, il décédait, après sept semaines de maladie, et était enseveli dans l'Abbatiale de Saint-Maurice.
Sa dalle funéraire mesure 167 cm de haut, 89 de largeur et 19 d'épaisseur. Au centre est encastré un panneau armorié au bord duquel, l'épitaphe propose le texte suivant :
Praenob : et stre : / Dns Petr. Stokalper de Tvrre Ban : / et sepe Ivdex : / Lav : De : Brig : Gvb : S : M : Agavn.
soit :
Praenobilis et strenuus Dominus Petermann Stokalper de Turre, Banderetus et sepe Iudex Laudabilis Deseni Brigensis, Gubernator Sancti Mauritii Agaunensis,
donc :
Très noble et énergique Seigneur Petermann Stokalper de la Tour, Banneret et souvent Juge du Louable Dizain de Brigue, Gouverneur de Saint-Maurice d'Agaune.
Quant aux armoiries de la famille, il s'agit d'un splendide blason d'azur à trois couronnes d'or, chapées, ployées d'or à droite et de gueules à gauche. Le premier pan est chargé d'une aigle de sable, contournée, lampassée de gueules et couronnée d'or, le second de trois troncs écotés d'or sur trois monts de couleur verte. L'écu est timbré de trois casques à grille, chacun surmonté d'une couronne : celui du milieu, de face, avec pour ornement, une tour crénelée de gueules ; les deux autres se regardant par courtoisie, avec pour ornement, à droite, l'aigle des armes et à gauche, deux écots d'or. Enfin l'écu est accompagné de lambrequins d'or et de sable à droite, d'or et de gueules à gauche.
Né le 6 janvier 1759 à Paris, Frédéric Séraphin de La Tour du Pin eut une vie fort mouvementée. Après être parti très jeune pour soutenir avec La Fayette la cause des "Insurgents" d'Amérique, il revint en France pour aider le marquis de Bouillé à réprimer les désordres de Nancy, en 1790. Il devint ensuite colonel du Régiment Royal Comtois et Royal Vaisseux, puis chef d'État-major des Gardes nationales sous La Fayette. Enfin, jusqu'en 1792, il fut ministre plénipotentiaire à La Haye, puis repartit aux Etats-Unis.
L'Empire le ramena en France, et Napoléon le nomma préfet du Département de la Dyle (Bruxelles), puis de celui de la Somme (Amiens). À la Restauration, en 1815, il fit partie de la délégation française au congrès de Vienne, puis fut promu ambassadeur de France aux Pays-Bas d'abord, ensuite à Turin.
Lors de la Révolution de juillet 1830, Frédéric Séraphin soutint la duchesse de Berry dans sa rébellion, ce qui lui valut d'être emprisonné. Après sa libération, il prit définitivement le chemin de l'exil et se retira à Lausanne. C'est là qu'il mourut le 26 février 1837.
En 1848, Hadelin de Liedekerke Beaufort (1816-1890), son petit-fils, s'occupa du transfert à Saint-Maurice de ses cendres.
Haut de 198 cm et large de 73, ce monument funéraire porte une inscription en caractère gothiques, coupée de nombreuses abréviations ; et réparties dans les espaces laissés libres, des armoiries. En voici l'épitaphe :
Hic Jacet / F. S. M. Turris / Pini n. Lut / vi Ja Mdc / clviiii o. Lo / san xxvi / fe. M / dccxxx vii / Nep. H. a. Lie / dekerke hc trtulit et / montm po Mdccciil / Dom. salva animam.
En résolvant ces abréviations, on obtient le texte suivant :
Hic Jacet F[redericus] S[eraphinus] M[archio] Turris Pini n[atus] Lut[etiae] VI ja[nuarii MDCCLVIII [qui] o[biit] Losan[nae] XXVI fe[bruarii] MDCCCXXXVII. Nep[os] H[adelinus] a Liedekerke h[u]c tr[ans]tulit et mon[umen]t[u]m po[suit] MDCCCIIL. Dom[ine] salva animam [ejus].
Ce qui se traduit ainsi :
Ci-gît Frédéric Séraphin Marquis de La Tour du Pin, né à Paris le 6 janvier 1759, décédé à Lausanne le 26 février 1837. Son petit-fils Hadelin de Liedekerke l'a transféré ici et a élevé ce monument en 1848. Seigneur, sauve son âme.
Les armes traditionnelles de la Maison de La Tour du Pin sont, pour la première partie, de couleur azur, crénelée d'argent, maçonnée de sable, au sommet, cousues de gueules chargées de trois casques d'or de profil. La deuxième partie, elle, se trouve de couleur or, crêtée, barbée, et contenant des gueules.
Né à Paris le 8 août 1836, après de brillantes études complétées par de grands voyages, Paul Riant se dirigea vers la Faculté des lettres de Paris où il conquit en 1864, à 28 ans, le titre de docteur en présentant une thèse sur les Croisades. Ses travaux attirèrent l'attention des médiévistes et du Pape Pie IX, qui lui conféra le titre de comte romain.
Ayant trouvé sa voie, il va multiplier les voyages d'étude, créer un réseau de correspondance scientifique et constituer une importante bibliothèque (40'000 volumes). En 1875, il fonda la Société de l'Orient latin ; enfin, en 1880, il fut élu à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
Pour cause de problèmes de santé, Paul Riant s'établit définitivement en 1882, dans son château, à Vorpillière, au-dessus de Massongex. Six ans plus tard, il y décède. Il sera enseveli le 22 décembre 1888 à l'Abbatiale de Saint-Maurice.
Il laisse cependant une œuvre importante derrière lui, dont l'Université Harvard, à Cambridge (Massachusetts) et sa collection personnelles (50 volumes reliés rouge et or) qui, actuellement se trouve à la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne, dans le fonds Robert Fazy.
Le monument funéraire du comte Riant, en marbre blanc, a une hauteur de 160 cm et une largeur de 78. De style roman, il a été dessiné par le chanoine Guillaume de Courten
(1851-1913), de l'Abbaye de Saint-Maurice, en collaboration avec son ami Cléofée Casanova (1859-1945), qui était sculpteur.
Une longue épitaphe résume la vie du défunt. En voici le texte original, en latin :
Pavlvs Edvardvs Desiderivs Comes Riant / e Gallica Inscriptet Litter Academia / natvs Lutetiae die VIII Aug MDCCCXXXVI / vita fvnctvs a La Vorpilliere prope Agaunvm / die XVII Dec MDCCCLXXXVIII / Exemplo christianam familiam edocvit / bellis sacris calamum sacravit / Evcharistiam adamavit vivens et moriens
Et ego resvscitabo evm in novissimo die / IOAN VI
Traduction française :
Paul Edouard Didier Comte Riant, de l'Académie française des Inscriptions et Belles-Lettres, né à Paris le 8 août 1836, décédé à la Vorpillière près [Saint-Maurice] d'Agaune le 17 décembre 1888. Il a élevé sa famille chrétienne par son exemple, a consacré sa plume aux Croisades, a aimé l'Eucharistie durant sa vie et à l'heure de sa mort.
"Et moi, je le ressusciterai au dernier jour" (Jean, VI).
Le décor héraldique, quant à lui, est formé de deux écus inclinés l'un vers l'autre, surmontés d'une couronne comtale et soutenus d'un ruban qui porte la gracieuse devise : NOMEN OMEN. Les armes Riant se définissent de gueules semées de trèfles d'or et chargées de deux bars adossés du même trèfle. Ces armes sont accompagnées de celles de la comtesse Riant, née Cornuau d'Offémont : de couleur azur à trois canettes d'argent.
Né en 1803 à Icogne (VS), Etienne Barthélemy Bagnoud étudie au collège de l’Abbaye. Il entre ensuite à l’Abbaye où il fait profession le 1 er janvier 1823 et est ordonné prêtre le 23 décembre 1826. Il est nommé professeur au collège jusqu’en 1834 lorsqu’il est élu abbé de Saint-Maurice. Le 3 juillet 1840, il est nommé évêque titulaire de Bethléem; après avoir renoncé à ses fonctions en 1858, il sera curé de Choëx jusqu’en 1870 où il est réélu abbé. Il mourra le 2 novembre 1888.
Malgré son appui au Sonderbund, l'abbaye de Saint-Maurice échappa de justesse à la sécularisation en 1848, en perdant toutefois une partie de ses biens.
Mgr Bagnoud participa au premier concile du Vatican (1869-1870) ; c’est en souvenir de cet événement que l’on plaça cette plaque de bronze au fond de la basilique au moment du Concile de Vatican II (1962-1965).
Le chanoine Louis Broquet est né en 1888 dans le Jura et est décédé le 6 novembre 1954 à Saint-Maurice. Il passe sa maturité au collège de l’Abbaye en 1907, entre au noviciat et est ordonné prêtre le 25 juillet 1912. Il est dès lors professeur au collège jusqu’à sa mort. Il reçoit une formation musicale à l’Abbaye avec Auguste Sérieyx (théorie) et Armin Sidler (orgue) ; dès 1917, il est maître de chapelle et organiste. Membres de nombreuses commissions et jury de musique.
Compositeur essentiellement vocal et nourri de la pensée de César Franck et de Sérieyx, il laisse un catalogue de plus de 1230 numéros (messes, choeurs d'hommes, choeurs mixtes, musique de chambre, piano, orgue). On lui doit plusieurs oeuvres de circonstance dont Terres Romandes (1937) sur un texte de Louis Poncet et la Cantate du Rhône (1953) sur un texte de Maurice Zermatten.
Après son décès, le Fédération des Sociétés de chant du Valais lui rend hommage par la pose d’une plaque de bronze au fond de la Basilique, juste sous l’orgue sur lequel il avait si souvent joué magnifiquement.