Commençons la visite au fond de l’église à droite de l’entrée. Sous un arc, une Pietà, mosaïque de Paul Monnier (1937) semble se dissimuler dans l’ombre. Prévue pour l’arc central, cette oeuvre d’art trouva refuge en ce lieu lorsque l’on dégagea l’arc central des plâtres qui en avaient fait un arc en plein-cintre. Au-dessous, un arc carolingien surmonte une tombe du VIIIe siècle. Les restes des couleurs de l’arc-en-ciel veulent signifier que pour lors, la mort n’apparaissait pas comme un trou noir, mais une réalisation de l’alliance : le défunt jouit des couleurs du ciel. D’ailleurs, les restes d’une fresque représentant une croix gemmée indiquent bien que le salut vient par la croix du Christ. Les dessins des gemmes (pierres précieuses) signifient que la souffrance et la mort sont dépassées par la victoire de la résurrection.
La porte latérale est surmontée des signes du zodiaque, non pas comme des signes ésotériques, mais bien plus comme un calendrier du temps que va durer le culte des martyrs à travers les âges. D’ailleurs le signe principal est celui de la croix. S’il y a influence des astres, il y a surtout possibilité de la liberté de la foi chrétienne.
Contre le mur latéral, la pierre tombale de l’évêque Vultchaire où le jeune latiniste peut exercer ses premières connaissances. DME MISERERE ANIMAE FAMULI TUI VULTCHERII SEDUNENSIS EPPI QUI OBIIT VII KAL JUN - REQUIEM ETERNAM DONNA EI DME ET LUX PERPTUA LUCEAT EI. AMEN. (Seigneur, prends pitié de l’âme de ton serviteur Vultchaire, évêque de Sion qui décéda le 7 des calendes de juin. Seigneur, donne-lui le repos éternel et que brille sur lui la lumière perpétuelle. Amen.) Vulchaire a vécu au VIIIe siècle et l’inscription semble être du Xe voire du XIe siècle.
Inscrite dans l’architecture de l’église du XVIIe siècle, la tour romane frappe le regard du visiteur à son arrivée. On peut imaginer un grand escalier et un perron devant l’actuelle ouverture : c’était le portique d’entrée de l’église du XIe siècle. A la base de l’arc, on voit la réutilisation de deux pierres blanches de l’époque romaine. Si celle de droite ne laisse aucune trace d’écriture, par contre, sur celle de gauche, on distingue une inscription datant du IIe siècle : “Aux dieux mânes de Lucius Tincius Verecundus, ayant occupé toutes les charges municipales.” Elle est dédicacée par “Vassonia, fille de Marcus.” Tout en haut, on devine la chapelle saint Michel (huitième chapelle). Souvent, en effet, dans les églises médiévales, la chapelle au-dessus de l’entrée. était dédiée à l’archange défenseur de l’Eglise. Sur la façade intérieure, on distingue des sculptures médiévales : une tête de bélier, un visage barbu et un visage souriant.
A l’étage inférieur, Paul Monnier a réalisé en 1963, une dalle de verre représentant le buisson ardent. La Vierge à l’enfant, inscrite dans une mandorle, rappelle que le feu qui brûlait sans se consumer est ici le signe de la virginité de Marie. Alors que d’un côté, Moïse s’agenouille devant le signe de la présence divine, de l’autre, Adam et Eve fuient la flamme comme l’épée flambante de l’ange du paradis perdu.
Difficilement visible depuis la nef, la chapelle de Quartéry (neuvième chapelle), du nom d’un abbé du XVIIe siècle. L’autel est dédié à Notre-Dame de Compassion. Comme retable, il présente une broderie intéressante : elle est l’oeuvre d’une élève d’Albert Cingria.
Au niveau de l’église, le baptistère a été entièrement remanié récemment, sur l’initiative de Monseigneur Henri Salina, abbé-évêque. En effet, en 1987, Madeline Diener taillait dans un tuf du Val-d’Iliez tout proche, une fontaine en trois parties, symbolisant la Trinité au nom de laquelle tout chrétien est baptisé. Sept petits canaux rappelant tant les sept jours de la création que les sept sacrements, permettent à l’eau de s’écouler entre les bas-reliefs de la création. L’arbre de la vie, l’arbre de la connaissance du bien et du mal, Adam, Eve, les animaux : tout rappelle le récit de la Genèse. Le baptême n’est-il pas une recréation?
En 1994, la même artiste suisse, posait les mosaïques rappelant les principaux textes bibliques faisant référence à l’eau. D’un côté, au centre, Moïse conduit le peuple hébreu à travers la Mer Rouge. Sur la gauche, l’arche de Noé est surmontée de l’arc-en-ciel tandis que Jésus est baptisé par Jean le Baptiste dans les eaux du Jourdain. Sur la droite, la guérison du paralytique rappelle le pardon des péchés par le sacrement du pardon, comme un nouveau baptême, tandis que la symbolique de Jonas illustre le séjour du prophète trois jours dans le ventre de la baleine, annonce de la Résurrection. De l’autre côté, au centre, la Jérusalem céleste, telle que décrite par saint Jean dans l’Apocalypse, avec ses pierres précieuses, tandis que l’agneau mystique donne le sang de la vie comme une eau pure jaillissant du temple. A gauche, une ravissante scène de la Samaritaine au puits de Jacob, l’arbre de la vie, l’aveugle-né et, à droite, saint Etienne, premier martyr, l’arbre de la connaissance du bien et du mal et enfin la multiplication des pains.
Dans une niche au fond du baptistère, sous les arcades, la légende du poisson d’or. Le chrétien est comme un poisson dans l’eau, bien dans son élément qu’est le monde. Il ne se laisse pas emporter par le flot des idées du monde et, pour bien garder sa même place, il nage à contre-courant.
Sur les montants de la porte de sortie, les noces de Cana, d’une part et, de l’autre, clin d’oeil aux Juifs et aux Musulmans, le sacrifice d’Isaac, figure du Christ, par notre père commun Abraham.
Au-dessus, la main de Dieu bénit le pèlerin avant son départ : trois doigts rappellent la Trinité, tandis que les deux doigts repliés rappellent les deux natures du Christ. Montant à l’assaut du fronton, des anges de lumière nous invitent : “Quand les saints vont au paradis, j’aimerais être de leur nombre” (“O when the saints...)
Après la tour, au fond de l’église deux autels présentent des mosaïques au style caractéristique de Paul Monnier. Sur le premier autel, les bras de Joseph sont aussi forts pour soutenir l’enfant que pour manier l’outil du charpentier. L’ouvrier est un bon père. Sur le second autel, nous est rappelée une scène de la vie de saint Augustin : un enfant essayait de vider la mer avec une conque. Cela intrigua le grand saint à qui l’enfant aurait dit : “J’aurais plus vite fait de vider la mer avec ma coquille, que toi de comprendre le mystère de la sainte Trinité. “
Au-dessus, on distingue l’extérieur de deux absides d’églises du Ve siècle. La dernière restauration ne les a pas masquées, mais plutôt mises en évidence. Ainsi se traduit dans la pierre, la continuité des basiliques au pied du rocher d’Agaune.
A la bonne saison, il fait bon visiter le cloître. Ses justes proportions d’un parfait quadrilatère lui donne un cachet particulier, rehaussé par le ton ocre du tuf de la région. Bien que de facture récente (1946), mais héritier de cloîtres médiévaux, ce lieu offre un déambulatoire propice à la prière et au recueillement. Le silence y est soutenu par le chant de l’eau de la fontaine centrale.
Les travaux de restauration du milieu du siècle ont mis à jour les restes d’un baptistère qui remonte à la fondation de l’abbaye, en l’an 515. A l’époque, on ne baptisait encore que les adultes : hommes et femmes, séparément, par pudeur. Le néophyte quittait ses habits pour signifier le détachement du “vieil homme”, et était plongé entièrement trois fois dans l’eau, au nom de la Trinité. Parlant du baptême, saint Paul dit : “Quand vous avez été baptisés, vous avez été plongés dans la mort avec le Christ, avec lui, vous êtes ressuscités”. En somme, on symbolisait une noyade comme un passage par la mort, mais on s’empressait de faire sortir de là le baptisé que l’on revêtait d’une robe blanche signifiant la vie nouvelle. Les baptêmes avaient lieu, en principe, le samedi saint et le nouveau baptisé gardait la robe blanche jusqu’au dimanche après Pâques, appelé “Dominica in albis” (dimanche en blanc).
Une embrasure a permis d’inscrire sur le côté de la basilique une chapelle latérale donnant sur le Trésor des Reliques, appelée chapelle des Reliques des Martyrs. Permettant les célébrations en petits groupes, cette chapelle ajourée par des verres teintés, du côté du cloître, présente l’inscription : “Regem regum qui beatis martyribus coronam dedit gloriae, venite adoremus” (Venez, adorons le Roi des rois qui donna aux martyrs la couronne de gloire”) Devant l’entrée, une plaque commémorative rappelle la restauration du monument entre 1946 et 1949.
Tout près se trouve l’entrée des Catacombes. On peut y voir les fondations des églises du VIe, VIIe et VIIIe siècle. On a même réussi à inscrire un couloir d’accès au tombeau de saint Maurice dans l’axe d’un arc romain du premier siècle. Un cimetière longeant l’église du VIIe siècle laisse apparaître des tombes de l’époque. Depuis le siècle passé, probablement depuis la construction toute proche du tunnel de chemin de fer de la ligne du Simplon, la source a été dérangée. L’eau s’écoule maintenant au milieu de ce cimetière ancien, passant sous la basilique et à travers la ville, elle va se jeter dans le Rhône.
A l’entrée des Catacombes, que l’on peut visiter sous la conduite d’un guide, on a conservé une statue du Bon Pasteur, que l’archéologue date du XIe - XIIe siècle. Il est permis de se demander si elle n’est pas antérieure. On peut aussi voir une magnifique pierre tombale du moine Rusticus, datant du VIe siècle. Elle est couronnée par deux colombes buvant à la même coupe. C’est un serment de fidélité : quand on a bu à la même coupe, on ne peut plus se trahir
Passant par le cloître et montant d’un étage, on peut rejoindre le Martolet. Lieu privilégié pour les amateurs d’archéologie, cet ensemble de ruines permet de voir :
des sarcophages des IXe et Xe siècles. Les travaux successifs du début du siècle, des années 1945-50 et enfin des années 1994-97 attendent les artisans et les spécialistes capables de donner un avenir à ce riche patrimoine.